La Fédération Nationale de la Décoration (FND) publie les résultats de DécoData[1] pour le premier semestre 2026. Avec un chiffre d’affaires de 1,266 milliard d’euros, en recul de 0,9 % par rapport au premier semestre 2025, le marché du négoce professionnel de la décoration ne décroche pas, mais reste installé dans une conjoncture difficile. Derrière cette relative stabilité se dessine un secteur qui continue de subir la faiblesse de la construction, l’attentisme des ménages et le recul de l’investissement. Ce qui, par ailleurs, a pour effet d’accélérer sa transformation.
Une résistance qui ne doit pas masquer la fragilité du marché
Après une année 2025 déjà en baisse, le recul enregistré au premier semestre, même léger, confirme que la dégradation n’est pas encore enrayée. Les situations sont toutefois contrastées : la peinture recule légèrement de 0,2 %, à 598 M€ et les revêtements de sols et murs chuttent de 4,9 %, à 273 M€. L’équipement baisse de 3 %, à 69 M€, alors que les consommables résistent (+0,6 %, à 159 M€). L’Isolation Thermique par l’Extérieur (ITE) fait figure d’exception avec une progression de 7,3 %, pour atteindre 100 M€.
Pour Philippe Poujol, président de la FND, ces résultats prolongent une crise qui affecte désormais profondément les équilibres économiques du secteur. La contraction des volumes exerce une pression sur les modèles de distribution et accélère des mouvements déjà engagés : rapprochements, restructurations, rationalisation des points de vente et concentration des acteurs.
Le recul particulièrement marqué des revêtements de sols constitue également un signal préoccupant. Il traduit une économie dans laquelle les décisions d’investissement restent contraintes. Les trois moteurs traditionnels du marché – construction, transactions immobilières et consommation des ménages – demeurent grippés. La prudence des Français se traduit par des arbitrages défavorables aux travaux et à la décoration, tandis que la construction neuve n’a pas encore retrouvé une dynamique susceptible d’alimenter rapidement l’activité de finition.
« Nous traversons une crise longue qui n’a pas encore produit tous ses effets. Le marché résiste, mais la pression sur les volumes accélère nécessairement la transformation du négoce. », analyse Philippe Poujol.
Un secteur qui se transforme plutôt qu’il ne se replie
Cette conjoncture ne signifie pourtant pas l’arrêt du marché. Le négoce décoration représente toujours autour de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel mesuré par la FND et continue d’approvisionner quotidiennement les chantiers de rénovation et d’entretien du bâti. La nature de l’activité évolue : la décoration plaisir marque le pas, mais les besoins essentiels de rénovation, d’entretien et d’amélioration de l’habitat demeurent.
« On décore peut-être moins aujourd’hui, mais on continue à rénover et à entretenir le bâti. Le négoce conserve une fonction essentielle : apporter le bon produit, au bon endroit et au bon coût. », souligne Philippe Poujol.
L’ITE illustre aussi le potentiel considérable de la rénovation énergétique. Sa croissance de 7,3 % est positive, mais reste très en deçà de ce qu’exigeraient les besoins de sobriété énergétique et de confort des bâtiments. Pour la FND, ce marché constitue donc moins une exception conjoncturelle qu’un important réservoir de croissance à libérer.
Parallèlement, les entreprises du négoce accélèrent leur adaptation. Consolidation, nouvelles logiques d’enseigne, services aux professionnels et digitalisation de l’information deviennent autant de leviers pour améliorer la productivité et absorber la hausse des coûts et de la complexité réglementaire.
« La crise accélère des mutations qui étaient déjà engagées. Services, organisation, digitalisation : le négoce doit aujourd’hui transformer ses modèles pour rester compétitif et continuer à créer de la valeur pour ses clients. », poursuit Philippe Poujol.
Tenir et préparer la reprise
La FND estime que les prochains mois resteront difficiles, mais identifie 2028 comme un horizon possible de réalignement, sous réserve d’un redémarrage de la construction. Cette échéance coïnciderait également avec le renouvellement du cycle de décoration, estimé à environ sept ans après le pic de 2021.
« Mon message à la profession est simple : tenons bon. Notre métier conserve toute sa raison d’être. Le marché change, mais les besoins de rénovation, d’entretien et d’amélioration de l’habitat sont toujours là. À nous de nous transformer collectivement pour être prêts lorsque la dynamique repartira. », conclut Philippe Poujol.
Dans un environnement encore incertain, la capacité du secteur à rester présent partout en France, à servir les professionnels et à accompagner les évolutions du bâtiment constitue son premier actif.
La période appelle à la vigilance, mais aussi à l’action collective : tenir aujourd’hui, accélérer les transformations utiles et préparer ensemble les conditions de la reprise.
[1] DécoData est l’outil de mesure du marché du négoce décoration conçu et animé par la Fédération Nationale de la Décoration (FND). Depuis 2021, il délivre une photographie de ce marché dont la FND partage sa synthèse.
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